Concert Le Chant des Poètes

Dimanche 8 mars à 17h à MONEIN, église Saint-Girons
Samedi 21 mars à 20h30 à PAU, église St-Vincent-de-Paul

Sous la direction de Séverine Dervaux

« LE CHANT DES POÈTES »

Figures majeures sans conteste de la poésie française : Charles d’Orléans (XVe), Pierre de Ronsard (XVIe) et puis, du riche XIXe siècle, Victor Hugo, Paul Verlaine, Guillaume Apollinaire, Louisa Siefert, entre autres, ont inspiré des compositeurs français du XXe siècle tels que Claude Debussy, Gabriel Fauré et Francis Poulenc. Ce n’est pas tout : d’autres compositeurs contemporains d’ici et d’ailleurs y ont puisé inspiration pour leurs compositions d’aujourd’hui : Julien Joubert, Marc Sirett (Canada), Eric Saint-Marc et Nathalie Biarnès. 

L’accompagnement au piano sera assuré par Samuel Jean, artiste bien connu du milieu musical. 

Venez écouter ce tout nouveau concert de l’Ensemble Vocal Émergence, qui vous enchantera en vous plongeant dans ce patrimoine tant musical que poétique.

Acheter votre billet via Hello Asso (Plate-forme associative gratuite pour nous, fonctionnant avec des dons, mais seulement pour ceux qui le souhaitent)

Chef d’orchestre et pianiste, Samuel Jean a une large expérience dans l’enseignement (CNSM de Paris), dans la direction d’orchestre (Directeur Musical de l’Orchestre Régional Avignon Provence de 2012 à 2020,) orchestres de Radio-France, Montpellier, Strasbourg, Lille, Liège, Rouen.  Riche d’une abondante discographie, il a notamment enregistré pour le label Deutsche Grammophon l’album « Yes » de la soprano Julie Fuchs. Il est directeur artistique du festival des Pierres Lyriques et depuis septembre 2023 directeur Art et Culture et de la Cité des Arts de Lescar. 

Samuel Jean a été nommé en septembre 2025 chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres.


  • JULIEN JOUBERT (1973-) Compositeur, violoncelliste, pianiste, chanteur, directeur artistique de l’association La Musique de Léonie, Julien Joubert est professeur au Conservatoire d’Orléans. Son approche à la composition, du plus complexe au plus léger, est multiforme : musiques symphoniques, opéras pour jeunes et chœurs d’enfants, ballet, cinéma.
    –> GREEN [paroles] de Paul Verlaine (1844-1896), poète de renom, sacré par certains « prince des poètes », contemporain et ami de Rimbaud, Verlaine est connu également pour sa vie privée tourmentée et son caractère violent. Il meurt dans la détresse absolue. « Green » (Romances sans paroles, 1874) est un poème qui célèbre, certes avec une touche de mélancolie, la renaissance de la nature et les nuances de verdure qui apparaissent après les mois froids. Le chant de Joubert, mélodie pour chœur et piano, extrait d’Aquarelles, parait aussi dans « La librairie de Monsieur Jean ».
    –> SOUS LE PONT MIRABEAU [paroles] de Guillaume Apollinaire (1880-1918), qui est peut-être le plus grand poète de langue française du XXe siècle ; il est ami de Picasso, Braque, Max Jacob, entre autres, partageant ainsi leur combat pour un art nouveau en peinture comme en poésie. Se portant volontaire pour aller au front, il meurt suite à ses blessures. Le poème chanté ce soir évoque une rupture amoureuse, et paraît dans ce que l’on considère comme son œuvre maitresse, Alcools, 1913. Symboliquement, le passage de l’eau de la Seine sous le pont Mirabeau représenterait le conflit entre le passage du temps, inexorable, et la permanence des souvenirs dans l’esprit du poète. Ce chant apparaît dans l’œuvre P’tit Fernand et la grande guerre, un conte musical d’Eric Herbette et Julien Joubert.

  • ÉRIC SAINT-MARC (1973-), compositeur de pièces sacrées pour chœur, orgue, piano et orchestre, organiste, né à Tarbes et diplômé de l’université de Pau et des Pays de l’Adour, il est titulaire des orgues de la Paroisse du Christ Sauveur au centre ville de Pau.
    En 2016, alors chef du chœur Opus65 à Séméac, étant attaché depuis longtemps à la valorisation du patrimoine culturel local, il entreprit l’écriture d’un recueil de six pièces pour chœur mixte et piano sur des textes de poètes locaux. Glanés au fil de recherches dans les bibliothèques et les archives de Tarbes, ces auteurs et ces textes l’ont touché et motivé pour composer sur ces poèmes.
    –> POÈMES BIGOURDANS [paroles]
    HYMNE A L’ADOUR – Eugène Lagarde (1897-1983) né à Montgaillard, il fut poète et auteur de deux ouvrages sur la poésie en Bigorre.
    LA FONTAINE DE SIRADAN – Laurent Davezies (1860-1913) Poète de talent, né à Tarbes, il s’installe à Séméac avec sa femme et ses huit enfants. Fonctionnaire des Postes et Télégraphes.
    PLUS TARD – Vital Heurtebize (1933-2025) Décédé en mars dernier en Provence, il a vécu une vingtaine d’année en Bigorre. Poète. Inspecteur de l’Éducation nationale, directeur de la revue « L’Etrave . Président de la société des poètes français de 2003 à 2016.
    NOCTURNE – Laurent Tailhade (1854-1919), né à Tarbes le 16 avril 1854 et mort à Combs-la-Ville en 1919, est un polémiste, poète, conférencier pamphlétaire libertaire et franc-maçon.

  • NATHALIE BIARNÈS (1978- ) est compositrice, arrangeuse et orchestratrice depuis 2002. Elle collabore régulièrement avec de nombreux orchestres et ensembles : Orchestre de Pau Pays de Béarn, Orchestre Lamoureux (France 2), orchestres d’Avignon, Cannes, Normandie, Bayonne, Camera Musicae Barcelona, ainsi que divers ensembles vocaux et instrumentaux. Ses œuvres ont été diffusées en France, Suisse, Canada, Espagne, Allemagne et Maroc, et éditées notamment chez À Cœur Joie. Elle compose également pour l’image, notamment la musique du documentaire Les Vignerons du Vivant (France 3), et a participé à la création du ballet Eki Nox au CRR Maurice Ravel, enregistré par le Collectif Ezekiel (Aztarnak, Éditions Elkar 2022).
    Lauréate du 2ᵉ Prix de Composition du Concours Léopold Bellan, finaliste du concours UCMF « Les 10 ans » et bénéficiaire d’une résidence à la Landesmusikakademie Hessen (Bourse Heinrich Mann), elle poursuit une activité de création soutenue.
    Elle enseigne l’écriture musicale depuis 2008. Elle a été professeure au Conservatoire des Landes (Mont‑de‑Marsan), puis aux conservatoires de Bayonne et de Pau, et enseigne aujourd’hui au Pôle d’Enseignement Supérieur de Musique et de Danse de Bordeaux (PESMD). Elle chante également au sein du groupe de jazz vocal Edelvoice, situé en région parisienne (94).
    Depuis 2024, elle est directrice adjointe du Conservatoire à Rayonnement Régional Pau Béarn Pyrénées, dont elle assure aujourd’hui la direction par intérim.
    sur un poème de Louisa Siefert
    –> EN VENANT À PAU [paroles] (1872) de Louisa Siefert (1845-1877), poétesse du XIXᵉ siècle morte à Pau en 1877 de la tuberculose qu’elle était venue y soigner. La pièce s’inscrit dans le cycle Les Chemins, consacré à des voix féminines de la poésie. L’autre œuvre du cycle, écrite sur un poème de Sabine Sicaud, a été commandée par l’ensemble vocal féminin Para L’Elles (95). Ce diptyque explore différentes formes de cheminement et la manière dont la poésie éclaire les trajectoires humaines.
    Le poème de Louisa Siefert médite sur l’errance, le regret et l’espoir. Une mélancolie profonde y affleure, traversée pourtant par une foi obstinée dans l’avenir. Même lorsqu’elle se dit incapable de saisir le bonheur, la poétesse conserve intacte la capacité d’y croire. Le voyage vers Pau devient ainsi une métaphore du voyage intérieur : non la destination, mais le chemin, les émotions traversées, et la persistance d’un élan vital malgré les doutes.
    En venant à Pau traduit cette avancée intime : un passage, une ouverture, une manière d’habiter le monde à travers la voix de Louisa Siefert, vers un territoire qui apaise et accueille.

  • FRANCIS POULENC (1899-1963) Faisant ses débuts comme « petit pianiste prodige », Poulenc, à la maturité un compositeur complexe à succès variable, rencontre Erik Satie et George Auric, qui influenceront fortement ses compositions plus tard, et entre dans le milieu parisien de la création musicale. Mobilisé lors de la Première Guerre, il compose peu. Au retour, il consolide sa formation avec Charles Keuchlin. De réputation artistique agréable, léger, un tournant arrive, cependant, avec les Litanies de la Vierge Noire (1936), entre autres, et surtout après la Seconde Guerre, se côtoieront, dans sa musique pour voix, inspiration religieuse et inspiration profane.
    –> UN SOIR DE NEIGE [paroles] de Paul Eluard (1895-1952) Ecrivain, résistant, poète… et homme politique. A partir de 1935 déjà, Poulenc « chante » les vers de son ami, Eluard. Ici, il s’agit d’une « petite » cantate de chambre pour chœur mixte à six voix, composée en 1944, pendant la seconde guerre. Le premier mouvement est extrait de Dignes de vivre – 1944 et les trois autres de Poésie et vérité – 1942. La pièce est dédiée à Marie-Blanche de Polignac.
    De grande cuillers de neige
    La bonne neige
    Bois meurtri
    La nuit le froid la solitude

  • CLAUDE DEBUSSY (1862-1918) Claude Debussy écrit de la musique instrumentale, vocale et théâtrale et est influencé par l’impressionnisme dans l’art et le symbolisme dans la littérature. Il œuvre pour la suggestion plutôt que la déclaration dans ses compositions. Quelque peu rebelle à l’orthodoxie musicale, son poème symphonique « Prélude à l’après-midi d’un faune » (Mallarmé) crée la sensation. La couleur instrumentale, les rythmes souples et sa conception nouvelle de l’harmonie parfois dissonante, sa conception de l’impression d’improvisation qu’il souhaite, caractérisent son art musical.
    –> TROIS CHANSONS DE FRANCE [paroles] sur des textes de Charles d’Orléans(1394-1465), contemporain de François Villon. Ce poète, figure importante de la cour royale, est fait prisonnier en 1415 à la défaite d’Azincourt et est emmené en Angleterre. Constamment déplacé, il devient monnaie d’échange dans les négociations politiques. Il écrit la plus grande partie de son œuvre poétique pendant cette captivité.
    Ces trois chansons sont marquées d’une unité dans leur nature allégorique, mais sont distinctes du fait de leurs diverses modulations (refrains).
    Dieu ! Qu’il la fait bon regarder (Chanson N° VI) relève de la poésie courtoise médiévale : il s’agit de l’évocation et de l’éloge de la beauté de la France, d’une femme, de la Femme, imaginées alors qu’il est prisonnier en Angleterre.
    Quand j’ai ouy le tabourin (Rondeau N° XXXVIII) Rondeau bucolique de la perspective de celui qui, comme le poète, est isolé/ s’isole, ne peut /ne veut profiter du butin du mois de mai : le renouveau de la nature et de l’amour.
    Yver, vous n’estes qu’un vilain (Rondeau N° CCCXXXIII) Ce rondeau personnifie les saisons, il s’agit d’une plaidoirie en faveur de l’été et la condamnation finale de l’hiver. Autre interprétation possible : l’hiver est en fait le roi Henri V d’Angleterre. Notons le fait que la configuration musicale épouse particulièrement bien la portée du texte.

  • THOMAS ENHCO (1988-) pianiste, violoniste (jazz, musique classique) et compositeur de musique classique et de jazz et de musique de film. Suite à sa formation musicale, notamment au Conservatoire National de Paris, il devient une figure de renom, donnant de très nombreux concerts en solo au piano, en trio, de musique classique et jazz à travers le monde. Son dernier album : A Modern Songbook, de 2023, englobe 125 années de chants réinterprétés en improvisations jazz. Il est régulièrement sollicité pour composer des pièces pour chœurs de chambre, ensembles vocaux et solistes. Primé de nombreuses fois, il a remporté, entre autres, la Victoire du Jazz 2013, et la SACEM Grand Prix de Musique Jazz en 2020.
    –> MIGNONNE ALLONS VOIR SI LA ROSE [paroles] de Pierre de Ronsard (1524-1585). Ronsard arrive à la cour royale dès l’âge de 12 ans, et à partir de 1539 est au service Charles, Duc d’Orléans. Ce poème Ode à Cassandre (Saviati), extrait des Amours de Cassandre publié en 1552, est en octosyllabes, à la différence des sonnets qui constituent l’ouvrage. Le recueil fait la réputation du jeune poète, appelé « le Pindare français », malgré les réticences de la cour acquise à Clément Marot.

  • MARK SIRETT (1952- Kingston, Ontario), organiste, chef d’orchestre et compositeur, docteur en direction de chœur, pédagogue de l’université d’Iowa-US, enseignant à l’université d’Alberta et à la Queen’s University d’Ontario, il est Membre de l’Ordre du Canada pour son « engagement inébranlable dans le domaine de la musique chorale en tant que compositeur, chef d’orchestre et leader communautaire de renom ». Figure incontournable, donc, de la musique chorale canadienne. Ses œuvres, sacrées ou profanes, ont été publiées au fil de sa longue carrière à Londres par Boosey and Hawkes et Oxford University Press entre autres et ont été produites, enregistrées et diffusées à travers le monde par de nombreux chœurs réputés. Il est apprécié également pour l’accessibilité et intuitivité de ses pièces pour chœur.
    –> CE BEAU PRINTEMPS [paroles] de Pierre de Ronsard. Deux strophes sur vingt-deux de la chanson N° XV, « Quand ce beau printemps je vois ». Ronsard exalte la nature et le renouveau du printemps, le cadre idyllique à ses yeux pour la naissance de l’amour. Nous remarquons particulièrement l’attention portée dans la composition musicale de Sirett au texte et à la « toile sonore ».

  • JEAN-CHRISTOPHE ROSAZ (1961-), guitariste classique et compositeur et enseignant franco-suisse connu internationalement et primé de nombreuses fois depuis 2020 pour ses compositions et leur interprétation. Intéressé par des genres musicaux divers en langues diverses, il recherche parfois un effet de collage de genres artistiques divers.
    –> ARBRES[paroles] Ce chant, qui illustre ce goût pour le « collage », constitue un court extrait du poème éponyme de Victor Hugo (1802-1885) écrit en 1843. Pour les néophytes : Hugo est chef de file du mouvement romantique français, dramaturge, poète et romancier, entre autres. Ses œuvres touchent à tous les domaines : l’amour, la nature, la liberté … Il a publié plusieurs recueils de poèmes lyriques. Arbres est extrait de Contemplations (1856) à la fin de la troisième partie ‘Les luttes et les rêves’, le chant de ce soir, démontre le regard du poète capté par l’immensité, comme par la vie minuscule, de la nature ici représentée par les arbres qui pour Hugo sont l’œuvre de Dieu. Il communique avec eux comme avec un ami proche.

  • GABRIEL FAURE (1845-1924), le « maître de la mélodie française »
    –> PAVANE [paroles] de Robert de Montesquiou-Fezensac (1885-1921) De Montesquiou est « poète-gentilhomme », dandy, critique d’art et de littérature, qui devient connu grâce à Les Chauves-Souris (1895), du romantisme coloré d’impressionnisme. Cette pièce (Opus 50) a été composée en 1887 pour orchestre de chambre et chœur ad libitum, et dédiée à la comtesse Elisabeth Greffulhe, célèbre pour sa beauté. La Pavane est particulièrement appréciée du fait de son extrême finesse.
    –> MADRIGAL [paroles] d’Armand Silvestre (1837-1901) Poète et romancier entre autres, figure de renom de fin de siècle. Cette pièce (Opus 35) est en quatre parties, à quatre voix. Elle est composée en 1883 à l’occasion du mariage d’André Messager. Fauré aimait particulièrement les poèmes de Silvestre, et en met plusieurs en musique. Le texte exprime la cruauté en affaires de cœur des jeunes hommes et des jeunes femmes. Le début de la mélodie est de J.S.Bach (Aus tiefer Not schrei ich zu dir, cantate N° 38), ainsi que sa Fugue N° 8. La mélodie réapparaît dans Masques et Bergamasques (1919).
    –> LES DJINNS [paroles] de Victor Hugo (1802-1885) (Les Orientales, 1829) poème descriptif, le récit du fracas provoqué par le passage d’un essaim de djinns autour de la maison de l’auteur. Adaptation (Opus 12, 1875) par Fauré pour chœur mixte.

  • MICHEL LEGRAND (1932-2019) Compositeur de 200 musiques pour le cinéma et la télévision et de nombreuses chansons. Connu dès les années soixante en France comme compositeur du film Les Parapluies de Cherbourg (1964) et du film musical Les Demoiselles de Rochefort, il part ensuite pour Los Angeles où il réussit à décrocher trois Oscars et Cinq Grammys. En effet, dès 1969, en collaborant avec Norman Jewison, metteur en scène du film L’affaire Thomas Crown, il remporte le prix de la meilleure bande son, et celui de la meilleure chanson originale, notamment pour The Windmills of Your Mind, le chant qui conclut le film, interprété sur un texte anglais (d’Alan and Marilyn Bergman) par Noel Harrison.
    –> LES MOULINS DE MON COEUR [paroles], musique de Michel Legrand, texte français écrit par Eddy Marnay (Edmond Bacri 1920-2003, parolier et chanteur français), se servant, dans cette chanson d’amour, de la symbolique du cercle ou de l’anneau pour évoquer l’union idéale. Michel Legrand a interprété lui-même cette chanson plus d’une fois à la télévision française à partir des années soixante-dix.

  • CHARLES TRENET (1914-2001), premier « poète de la chanson française » selon l’INA, vedette de music-hall et au-delà… pendant tout le XXe siècle. Auteur de plus de 1000 chansons. Quelques titres incontournables : Que reste-t-il de nos amours (1942), Douce France (1943), La mer (1945), L’Âme des poètes (1951). Notre choix pour ce soir :
    –> LE SOLEIL ET LA LUNE [paroles] (1939) Cette chanson est un grand classique, paroles et musiques par Charles Trenet. Son « refrain enlevé est devenu un hymne à la joie de vivre ». (INA) Ce chant swing, en mode tragi-comique, évoque la rencontre impossible, sauf lors d’une éclipse, entre le soleil et la lune. C’est une métaphore de la rencontre amoureuse presque impossible. Trenet nous prévient : il faut saisir sa chance lorsqu’elle passe… !

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SOPRANI – Valérie DARBAS, Emmanuelle FAUSSAT, Joan JOFFRES, Caroline LALAUDE, Claudine LARROCHE, Penny LOUSTRIC, Béatrice PEHAU

ALTI – Oona CABOZ, Brigitte CHEREAU, Mireille GAIN, Martina KNOGLINGER, Véronique LÉGLISE, Morag MUNRO-LANDI, Agnès TROUCHE

TÉNORS – Thomas BUISSON, Alain GRATEAU, Jean-Pierre GRUET, Gabriel LANDRON, Gilles MOULONGUET, Jean-Claude OUSTALOUP

BASSES – Rémy AMROUCHE, Hervé FERQUEL, Laurent FRANCO, Bruno HUSSON, Jean-Luc TROUCHE

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Nous tenons à remercier toutes les personnes qui nous accompagnent par leur concours dans l’organisation de ce concert, en particulier :

M. Bertrand Vergez-Pascal, maire de Monein

M. l’abbé Grégoire Nsimba, curé de l’église Saint-Girons de Monein

M. Jean-Claude Oustaloup, responsable de l’association des Amis de l’Orgue Saint-Girons de Monein

M. François Bayrou, maire de Pau

M. Jean Lacoste, adjoint à la culture de la mairie de Pau

M. l’abbé José Bourau, curé de l’église Saint-Vincent-de-Paul à Pau

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GREEN – JULIEN JOUBERT

Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches
Et puis voici mon cœur qui ne bat que pour vous
Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches
Et qu’à vos yeux si beaux l’humble présent soit doux

J’arrive tout couvert encore de rosée
Que le vent du matin vient glacer à mon front
Souffrez que ma fatigue à vos pieds reposée
Rêve des chers instants qui la délasseront

Sur votre jeune sein laissez rouler ma tête
Toute sonore encore de vos derniers baisers
Laissez-la s’apaiser de la bonne tempête
Et que je dorme un peu puisque vous reposez

SOUS LE PONT MIRABEAU JULIEN JOUBERT

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu’il m’en souvienne
La joie venait toujours après la peine

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l’onde si lasse

L’amour s’en va comme cette eau courante
L’amour s’en va
Comme la vie est lente
Et comme l’espérance est violente

Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passait
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine

POÈMES BIGOURDANS ÉRIC SAINT-MARC

Hymne à l’Adour

  1. Dis-moi qui tu peux être, O toi torrent si fier,
    Qu’au Tourmalet font naître le soleil et la mer ?

De tout temps voyageur, Tel le sang de ton cœur,
Je fus, ne te déplaise De la plaine tarbaise,
Le sang du Créateur, Point de mystère :
Je suis l’artère Qui, nuit et jour, Sert par amour: Je suis l’Adour !

  1. Avant que ton flot meure, Tarbes connut l’Adour
    Ce que Bayonne pleure, c’est ce premier amour.
  2. Quoi, toutes ces fontaines qui descendent leur col
    Seraient autant de veines dont s’arrose ton sol ?
  3. Fallait-il que je vienne Aujourd’hui sur tes bords,
    Pour que de toi j’apprenne Comment vit notre corps ?
  4. Je vois : tes larges rives, Plus les baignent tes eaux,
    Plus – afin que tu vives – T’accourent les ruisseaux…
  5. Je veux comme tes ondes, Être utile, servir
    Dans le cycle des mondes, et ne jamais mourir !

La Fontaine de Siradan
J’ai vu le parc et ses allées Avec leur décor toujours vert,
Chère fontaine de Jouvence Où j’ai mouillé mes cheveux blancs,
Pareille à celle de Provence Tu portes la vie en tes flancs.
Coule, coule, mystérieuse, Insensible à nos pleurs du jour;
Reste toujours jeune et rieuse Et ne dis que des chants d’amour.

Et dans les riantes vallées Le ciel resté toujours ouvert
J’ai vu la source qui murmure Sa timide chanson d’amour
Et bu son onde fraîche et pure Coulant discrète nuit et jour.

Plus tard
S’il se peut qu’un jour, tu reviennes,
Nous n’aurons plus la même voix Ni les mêmes yeux qu’autrefois !…
Je voudrais que tu te souviennes, Quand mes mains toucheront les tiennes,
Combien nous fûmes maladroits, Surtout pour la première fois…
Il faudra que tu me retiennes !
Alors sauras-tu comme hier, Me séduire si je suis fier ?
Ou m’encourager si je n’ose ?
Et surtout, reconnaître en moi, Secret sous sa métamorphose,
Mon cœur ressuscité pour toi ?

Nocturne
Charmeresse aux pâleurs nacrés, la lune, en fleur de messidor sous les rames enténébrées, voltige comme un oiseau d’or.
Lis, tubéreuses, marjolaines s’enveloppent de parfums lourds et nocturnes
Où les phalènes trempent leurs ailes de velours. Et du haut des viornes grêles Des aulnes au feuillage roux
Sur l’étant festonné de prêles On entend huer les hiboux.

EN VENANT À PAU, NATHALIE BIARNÈS (sur un poème de Louisa Siefert)

Par tous les chemins semant ma vie
Vers les larges horizons bleus,
Je vais comme un oiseau frileux
Dont l’aile au gré du vent dévie. Sans plus de plaisir que d’envie,
Des monts hautains aux flots houleux
J’erre ainsi loin du nid moelleux,
Au même regret asservie.

Jamais je n’ai, que pour le fuir,
Touché le seuil où mon désir
S’est senti mourir et renaître ;

Jamais non plus je n’ai perdu
Ce bonheur (le seul vrai peut-être ?)
De croire au bonheur attendu.

En chemin de fer, le 27 novembre 1872.

UN SOIR DE NEIGE, POULENC

LE FEU
De grandes cuillers de neige
Ramassent nos pieds glacés
Et d’une dure parole
Nous heurtons l’hiver têtu

  1. DE GRANDE CUILLERS DE NEIGE
    De grandes cuillers de neige
    Ramassent nos pieds glacés
    Et d’une dure parole
    Nous heurtons l’hiver têtu

Chaque arbre a sa place en l’air
Chaque roc son poids sur terre
Chaque ruisseau son eau vive
Nous nous n’avons pas de feu.


2. LA BONNE NEIGE
La bonne neige le ciel noir
Les branches mortes la détresse
De la forêt pleine de pièges
Honte à la bête pourchassée
La fuite en flèche dans le cœur

Les traces d’une proie atroce
Hardi au loup et c’est toujours
Le plus beau loup et c’est toujours
Le dernier vivant que menace
La masse absolue de la mort.

3. BOIS MEURTRI
Bois meurtri bois perdu d’un voyage en hiver
Navire où la neige prend pied
Bois d’asile bois mort où sans espoir je rêve
De la mer aux miroirs crevés

Un grand moment d’eau froide a saisi les noyés
La foule de mon corps en souffre
Je m’affaiblis je me disperse
J’avoue ma vie j’avoue ma mort
j’avoue autrui.

4. LA NUIT LE FROID LA SOLITUDE
La nuit le froid la solitude
On m’enferma soigneusement
Mais les branches cherchaient leur voie dans la prison
Autour de moi l’herbe trouva le ciel
On verrouilla le ciel
Ma prison s’écroula
Le froid vivant le froid brûlant m’eut bien en main.


Trois Chansons de Charles d’Orléans, Debussy

Dieu ! qu’il la fait bon regarder
Dieu ! qu’il la fait bon regarder
la gracieuse bonne et belle;
pour les grans biens que sont en elle
chascun est prest de la loüer.
Qui se pourrait d’elle lasser?
Toujours sa beauté renouvelle.
Par de ça, ne de là, la mer
ne scay dame ne damoiselle
qui soit en tous bien parfais telle.
C’est un songe que d’y penser:
Dieu! qu’il la fait bon regarder.

Quant j’ai ouy le tabourin

Quant j’ai ouy le tabourin
Sonner, pour s’en aller au may
En mon lit n’en ay fait affray
Ne levé mon chief du coissin

En disant: il est trop matin
Ung peu je me rendormiray :
Quant j’ai ouy le tabourin
Sonner pour s’en aller au may.

Jeunes gens partent leur butin:
De nonchaloir m’accointeray
A lui je m’a butineray
Trouvé l’ay plus prouchain voisin;

Quant j’ai ouy le tabourin
Sonner pour s’en aller au may.
En mon lit n’en ay fait affray
Ne levé mon chief du coissin.

Yver, vous n’estes qu’un villain;

Yver, vous n’estes qu’un villain;
Esté est plaisant et gentil
En témoing de may et d’avril
Qui l’accompaignent soir et main.

Esté revet champs, bois et fleurs
De sa livrée de verdure
Et de maintes autres couleurs
Par l’ordonnance de Nature.

Mais vous, Yver, trop estes plein
De nège, vent, pluye et grézil.
On vous deust banir en éxil.
Sans point flater je parle plein,
Yver, vous n’estes qu’un villain.


MIGNONNE ALLONS VOIR SI LA ROSE, THOMAS ENHCO

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avoit desclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu cette vêprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vôtre pareil.

Las ! voyez comme en peu d’espace,
Mignonne, elle a dessus la place
Las ! las ses beautés laissé choir !
Ô vraiment marâtre Nature,
Puis qu’une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que votre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez votre jeunesse :
Comme à ceste fleur la vieillesse
Fera ternir votre beauté.

CE BEAU PRINTEMPS, MARK SIRETT

Quand ce beau Printemps je vois,
J’aperçois
Rajeunir la terre et l’onde
Et me semble que le jour,
Et l’Amour,
Comme enfants naissent au monde.

Quelque part que ses beaux yeux
Par les cieux
Tournent leurs lumières belles,
L’air qui se montre serein
Est tout plein
D’amoureuses étincelles.

ARBRES, JEAN-CHRISTOPHE ROSAZ

Arbres de ces grands bois qui frissonnez toujours, Je vous aime,
Et vous, lierre au seuil des antres sourds, Ravins où l’on entend filtrer les sources vives,
Buissons que les oiseaux pillent, joyeux convives !
Quand je suis parmi vous, arbres de ces grands bois,
Ah! Dans tout ce qui m’entoure et me cache à la fois, Dans votre solitude où je rentre en moi-même,
Je sens quelqu’un de grand qui m’écoute et qui m’aime !

PAVANE, FAURÉ

C′est Lindor, c’est Tircis
et c′est tous nos vainqueurs !
C’est Myrtille, c’est Lydé!
Les reines de nos cœurs !
Comme ils sont provocants!
Comme ils sont fiers toujours !
Comme on ose régner sur nos sorts et nos jours !

Faites attention! Observez la mesure !

Ô la mortelle injure! La cadence est moins lente !
Et la chute plus sûre!
Nous rabattrons bien leur caquets !
Nous serons bientôt leurs laquais !
Qu′ils sont laids! Chers minois !
Qu′ils sont fols! (Airs coquets !)

Et c’est toujours de même, et c′est ainsi toujours !
On s’adore! On se hait ! On maudit ses amours !
Adieu Myrtille, Eglé, Chloé, démons moqueurs !
Adieu donc
et bons jours aux tyrans de nos cœurs !
Et bons jours !

MADRIGAL, FAURÉ

Inhumaines qui, sans merci,
Vous raillez de notre souci
Aimez quand on vous aime

Ingrats qui ne vous doutez pas
Des rêves éclos sur vos pas
Aimez quand on vous aime

Sachez ô cruelles beautés
Que les jours d’aimer sont comptés
Aimez quand on vous aime

Sachez, amoureux inconstants
Que le bien d’aimer n’a qu’un temps!
Aimez quand on vous aime

Un même destin nous poursuit
Et notre folie est la même
Aimez quand on vous aime

C’est celle de fuir qui nous aime
C’est celle d’aimer qui nous fuit
Aimez quand on vous aime

LES DJINNS, FAURÉ

Murs, ville
Et port,
Asile
De mort,
Mer grise
Où brise
La brise
Tout dort.

Dans la plaine
Naît un bruit.
C’est l’haleine
De la nuit.
Elle brame
Comme une âme
Qu’une flamme
Toujours suit.

La voix plus haute
Semble un grelot.
D’un nain qui saute
C’est le galop.
Il fuit, s’élance,
Puis en cadence
Sur un pied danse
Au bout d’un flot.

La rumeur approche,
L’écho la redit.
C’est comme la cloche
D’un couvent maudit,
Comme un bruit de foule
Qui tonne et qui roule
Et tantôt s’écroule
Et tantôt grandit.

Dieu ! La voix sépulcrale
Des Djinns!… – Quel bruit ils font !
Fuyons sous la spirale
De l’escalier profond !
Déjà s’éteint ma lampe,
Et l’ombre de la rampe..
Qui le long du mur rampe,
Monte jusqu’au plafond.

Cris de l’enfer! voix qui hurle et qui pleure !
L’horrible essaim, poussé par l’aquilon,
Sans doute, o ciel! s’abat sur ma demeure.
Le mur fléchit sous le noir bataillon.
La maison crie et chancelle penchée,
Et l’on dirait que, du sol arrachée,
Ainsi qu’il chasse une feuille séchée,
Le vent la roule avec leur tourbillon !

Prophète ! Si ta main me sauve
De ces impurs démons des soirs,
J’irai prosterner mon front chauve
Devant tes sacrés encensoirs !
Fais que sur ces portes fidèles
Meure leur souffle d’étincelles,
Et qu’en vain l’ongle de leurs ailes
Grince et crie sur ces vitraux noirs !

De leurs ailes lointaines
Le battement décroît.
Si confus dans les plaines,
Si faible, que l’on croit
Ouïr la sauterelle
Crier d’une voix grêle
Ou pétiller la grêle
Sur le plomb d’un vieux toit.

Les Djinns funèbres,
Fils du trépas,
Dans les ténèbres
Pressent leur pas;
Leur essaim gronde;
Ainsi, profonde,
Murmure une onde
Qu’on ne voit pas.

Ce bruit vague
Qui s’endort,
C’est la vague
Sur le bord;
C’est la plainte
Presque éteinte
D’une sainte
Pour un mort.

On doute
La nuit…
J’écoute: –
Tout fuit,
Tout passe;
L’espace
Efface
Le bruit.

LES MOULINS DE MON CŒUR, MICHEL LEGRAND

Comme une pierre que l’on jette dans l’eau vive d’un ruisseau
Qui laisse derrière elle des milliers de ronds dans l’eau
Comme un manège de lune avec ses chevaux d’étoiles
Comme un anneau de Saturne, un ballon de carnaval
Comme le chemin de ronde que font sans cesse les heures
Le voyage autour du monde d’un tournesol dans sa fleur
Tu fais tourner de ton nom tous les moulins de mon cœur

Comme un écheveau de laine entre les mains d’un enfant
Ou les mots d’une rengaine pris dans les harpes du vent
Comme un tourbillon de neige, comme un vol de goélands
Sur des forêts de Norvège, sur des moutons d’océan
Comme le chemin de ronde que font sans cesse les heures
Le voyage autour du monde d’un tournesol dans sa fleur
Tu fais tourner de ton nom tous les moulins de mon cœur

Ce jour-là près de la source, Dieu sait ce que tu m’as dit
Mais l’été finit sa course, l’oiseau tomba de son nid
Et voilà que sur le sable nos pas s’effacent déjà
Et je suis seul à la table qui résonne sous mes doigts
Comme un tambourin qui pleure sous les gouttes de la pluie
Comme les chansons qui meurent aussitôt qu’on les oublie
Et les feuilles de l’automne rencontrent des ciels moins bleus
Et ton absence leur donne la couleur de tes cheveux

Une pierre que l’on jette dans l’eau vive d’un ruisseau
Et qui laisse derrière elle des milliers de ronds dans l’eau
Au vent des quatre saisons, tu fais tourner de ton nom
Tous les moulins de mon cœur

LE SOLEIL ET LA LUNE, CHARLES TRÉNET

1. Sur le toit de l’hôtel où je vis avec toi
Quand j’attends ta venue mon amie
Que la nuit fait chanter plus fort et mieux que moi
Tous les chats tous les chat tous les chats
Que dit-on sur les toits que répètent les voix
De ces chats de ces chats qui s’ennuient
Des chansons que je sais que je traduis pour toi
Les voici les voici les voilà…

Le soleil a rendez-vous avec la lune
Mais la lune n’est pas là et le soleil l’attend
Ici-bas tout l’monde chacun pour sa chacune
Chacun doit en faire autant
La lune est là, mais le soleil ne la voit pas
Pour la trouver il faut la nuit
Mais le soleil ne le sait pas et toujours luit
Le soleil a rendez-vous avec la lune
Mais la lune n’est pas là et le soleil l’attend
Papa dit qu’il a vu ça lui…

2. Des savants avertis par la pluie et le vent
Annonçaient un jour la fin du monde
Les journaux commentaient en termes émouvants
Les avis les aveux des savants
Bien des gens affolés demandaient aux agents
Si le monde était pris dans la ronde
C’est alors que docteurs savants et professeurs
Entonnèrent subito tous en chœur

3. Philosophes écoutez cette phrase est pour vous
Le bonheur est un astre volage
Qui s’enfuit à l’appel de bien des rendez-vous
Il s’efface il se meurt devant nous
Quand on croit qu’il est loin il est là tout près de vous
Il voyage il voyage il voyage
Puis il part il revient il s’en va n’importe où
Cherchez-le il est un peu partout…